jeudi 21 novembre 2013

100 ans après


Photographe et poète, Pierre Ménétrier, soldat de seconde classe, socialiste et pacifiste. Il témoigne de la souffrance des jeunes gens de 20 ans, des moments d'espoir, d'enthousiasme parfois, de révolte aussi, par ses poèmes écrits dans les tranchées de la première guerre mondiale.

J'ai fait un livre à partir de ces poèmes, et aussi de son journal qu'il m'a dédié.

Rêves et Souvenirs, poésies

Vous pouvez obtenir une version brochée sur papier, au prix de 16€, en cliquant sur le lien ci-dessous.
Le livre Rêves et souvenirs, poésies


Aperçu du livre dans Google Books

Ou bien la version ebook:

Rêves et Souvenirs, poésies
Rêves et Souvenirs, poésies

lundi 13 avril 2009

Vous qui lisez


O' ne critiquez pas mes vers
Ne dites rien, très simplement
J'ai consigné le fait divers
Comme la pensée du moment

Je n'ai rien cherché d'inédit
Et n'ai pas même pris la peine
De parfaire des phrases vaines
J'écris les mots comme on les dit

Que d'autres s'ils en ont le temps
Fassent des contes et s'en amusent
A chansonner sur le printemps

Petit chasseur je n'écris moi
Que pour chasser l'ennui des mois
Je suis un poète sans muse

Sur la route

Quand la route semble trop dure
Et que le sac n'est pas léger
Lorsque parfois le temps me dure
Que je suis las j'aime à songer

Et je fais, pour moi seul, des vers
Que je corrige dans ma tête
Et j'oublie les jours d'hiver
Et que la pose n'est pas faite

Chansons qui n'ont rien du poème
Je me berce de leurs musiques
Je les murmure et je les aime

Avec leur air mélancolique
D'être toujours inachevés
Ce sont des vers que j'ai rêvés

dimanche 12 avril 2009


Juillet 1914

On disait aurons nous cette fois ci la guerre
En lisant le journal, et le soir les dépêches
Et l'air bruyant sentait alors la poudre sèche
On en parlait beaucoup, tout en y croyant guère

Mais par un soir d'été sur nos fronts endormis
Sonna dans la caserne, un diane en sursaut
L'adjudant nous cria nous partons, mes amis
Notre main frémissait en formant les faisceaux

Et peut être d'orgueil peut être de souffrance
Notre cœur a battu, comme une feuille tremble
Tout le peuple clamait vers nous "Vive la France"
Et nous avons chanté la Marseillaise ensemble

Notre rêve semblait un aigle mis en cage
Qui frappait de son aile en nos cœurs frémissants
C'était le premier mot, et la première page
Du livre qu'on devait écrire avec du sang

Puis sur notre âme triste et notre front lassé
Toute la nuit tomba morne comme un linceul
Et devant le bonheur perdu, les jours passés
Nous nous sommes sentis bien petits et bien seuls.

samedi 11 avril 2009

Trophées

Des souvenirs, des souvenirs, regardez en voici
Notre musette est pleine et notre cœur aussi

Les uns ont rapporté des casques des grenades
Des aigles, des fusils, ou des éclats d'obus
Comme un bouquet cueilli dans une promenade
D'autres non rien gardé, d'autres n'ont rien voulu

Et d'autres n'ont rien pris je serai de ceux là
Pas même un souvenir pour les années futures
Que le corps simplement douloureux des blessures,
L'âme sanglante et le front vide et les yeux las.

Mais quand ils parleront plus tard des jours passés
Un soir d'hiver que l'on aura fermé la porte
Ils diront aux enfants voyez j'ai tout laissé
Mais mon cœur plein de souvenirs, je vous l'apporte

vendredi 10 avril 2009

Morhange

Nous avancions de grands espoirs gonflaient nos cœurs
Nous avions arraché les poteaux des frontières
O qu'on était joyeux de se croire vainqueurs
Quels rêves insensés dans nos âmes altières!

Marsalles nous a vus marchant comme à la fête
Et le pas cadencé, les drapeaux frémissants
Le régiment tambour battant, musique en tête
Nous recevions les fleurs que jetaient les passants

Et dans les blés fauchés rouges coquelicots
Nous courions en chantant la vieille Marseillaise
On entendait au loin nous répondre l'écho
Comme s'il comprenait notre chanson française

Les villages semblaient s'écarter devant nous
Et nous allions en bonds, délirants, emportés
Et nul ne résistait, mais hélas, un soir d'août
Le régiment au bord d'un bois s'est arrêté.

Ah c'était autrefois, il y a bien longtemps
Et l'on avait alors des horizons plus larges
Quand dans les clairs matins, debout, le cœur battant
Nous écoutions, au vent d'été, sonner la charge

Je me souviens de jours lointains inoubliés
Où nous n'avions alors ni croix ni fourragères
Rien que l'immense ivresse en marquant nos souliers
De fouler pas à pas une terre étrangère

Marsalles puis Morhange, la marche, la bataille
En tirailleurs ainsi qu'on nous avait appris
Nous passions en chantant sur leur faux de mitraille
Nous avons reculé, mais sans avoir compris

Et nous chantions encore, au soir de la déroute
Epuisés et blêmis, tremblant sur nos genoux
Et nous disions aux gens éplorés sur la route
Nous reviendrons un jour restez attendez nous.

Et les jours sont passés les mois et les années
Nul matin n'est encor levé sur l'inconnu
La vieille terre attend, là-bas, abandonnée
Le régiment français qui n'est pas revenu.

jeudi 9 avril 2009

Cauchemars

Ces grands noms de bataille et ces noms de victoire
Et toute l'hécatombe immense des humains
Est ce donc vraiment une page d'histoire
Au livre que nos fils auront entre les mains

N'est ce donc pas plutôt dans nos fronts insensés
Fantômes qu'un rayon, des aurores effacent
Le songe qui s'en va, vite rien qu'à passer
Très doucement des mains fraîches sur notre face

Il semble par instant que l'on rêve ou qu'on joue
Et que la nuit, les morts et les cris angoissants
L'ennemi qui là bas, vous tient peut être en joue
Ce n'est qu'un cauchemar qui se rougit de sang

Et que le jour venu, soudain tout va renaître
Et que nous trouverons aux places des tombeaux
En ouvrant largement demain notre fenêtre
La campagne tranquille et le ciel toujours beau

mercredi 8 avril 2009

La Guerre

C'était pour nous la Guerre, une vaste épopée
Telle qu'on l'apprenait dans nos livres d'enfant
Quelques sombres romans, de capes ou d'épée
Dont on sortait blessé parfois, mais triomphant

C'était quelque récit superbe de l'histoire
Flamboyant d'héroïsme et d'exploits merveilleux
Et tous ces noms de Guerre et ces noms de Victoire
Exaltaient en nos cœurs la gloire des aïeux

Et c'était emportés, tourbillonnants et larges
Le frisson des drapeaux qui frémissants battaient
Et c'était les clairons ivres sonnant la charge
Dans un dernier assaut effroyable et c'était

Tant de rêves écrits dans les pages du livre
Que nous sentions en nous nos cœurs battre plus fort
Et que nous chancelions tremblants comme un homme ivre
Devant cette beauté sublime et cette mort.

Et nous avons vécu et nous avons passé
Dans nos rêves éteints de longs jours monotones
Accroupis et courbés dans l'ombre des fossés
Parmi le sang des morts, sous le ciel gris d'automne

O comme ils sont donc loin nos rêves de naguère
Peut être serons nous des victimes sans nom
Tombés sous une balle, au bruit sourd du canon
Sans gloire sans honneur, par un matin de Guerre

mardi 7 avril 2009

Paysage

Des arbres nus déchiquetés
C'était peut être quelque route
Des amoureux ont dû sans doute
S'y attarder un soir d'été

De lourds chariots remplis de bois
De foin coupé de blé fauché
Ont creusé l'ornière autrefois
Sous le fouet cinglant du cocher

Mais désormais on ne voit plus
Par l'antique chemin sans but
Que des balles et des obus
Et de la boue quand il a plu.

lundi 6 avril 2009

Le Pays de la mort

J'avais souvent rêvé à des pays semblables
Où rien n'existe plus d'un monde dévasté
Les villes d'autrefois sont des monceaux de sable
Sous l'éternel hiver et l'éternel été

Ce qu'un rêve pouvait deviner d'insensé
N'est pas un rêve. O vous qui n'avez rien connu
Demandez donc un jour au plus humble blessé
Parle moi du pays dont tu es revenu.

C'est le pays où tout est mort
Même les bois, même les champs
Et notre pied foule en marchant
Les villages d'hier encore.

Et puis quoi donc- Et puis des trous et des fossés
Où l'eau croupit sans nom toutes les pourritures
Et parfois dans un cri que jette la nature
Un grand arbre meurtri tendant ses bras cassés

La mort qui couvre tout a pourtant oublié
Le seul être debout presque encore vivant
Et l'on entend la nuit, gémir sous le grand vent
Les rameaux décharnés du dernier peuplier.

dimanche 5 avril 2009

Tranchées

On se regarde l'on se vise l'on se tue
On a creusé des trous pour se mettre à l'abri
Et dans la plaine grise où la terre est battue
Les villages ne sont que de fumants débris

Il pleut depuis trois jours et sur notre capote
La boue gicle et s'étale et se tache de sang
La vase sous nos pieds glaciale clapote
Il faut qu'on reste là et terrible angoissant

Le combat sans répis dure depuis des mois
On prend une tranchée on fortifie un bois
Et les pieds dans la boue étendus près des morts

Tandis que dans la nuit l'obus sinistre passe
Et que des incendies ensanglantent l'espace
Accablés et tremblants sans espoir on s'endort.

samedi 4 avril 2009

Travail

Nous travaillons dans les nuits sombres
A nous creuser des parapets
Et nous faisons sans bruit dans l'ombre
Des trous profonds, des murs épais

Nous travaillons, jamais lassés
A nous construire des fortins
Pour nous pouvoir enfin dresser
Quand surgira le grand matin

Couverts de boue tachés de sang
Nous entrerons dans notre histoire
Nous sommes fiers en y pensant

Nos pics lancés sonnent plus fort
Et tous raidis dans un effort
Nous préparons d'autres victoires.

vendredi 3 avril 2009

Dans l'ombre

J'ai creusé tout le jour pour me mettre à l'abri
Dans l'amoncellement de monstrueux débris
Fusils brisés sacs entrouverts
J'ai creusé tout le jour pour me mettre à couvert

Notre consigne était activer et se taire
Aussi sans dire un mot je rejetais la terre
Lèvres closes tête penchée
D'un seul coup par delà le créneau des tranchées

jeudi 2 avril 2009

Corvées

La troisième section ce soir devra fournir
Et transporter deux cent sacs à terre au point B
C'est écrit, on a lu, et les mots sont tombés
Tristes sur nous j'aurais pourtant voulu dormir

Et voilà notre nuit qu'on vient de nous gâcher
J'écrivais une lettre à quoi bon la finir
Il faut aller, il faut courir, il faut chercher
C'est un ordre j'aurais pourtant voulu dormir

Ô passer dans la boue épaisse, s'égarer
Franchir des parapets, sous les balles voilà
J'ai vu des hommes forts souvent prêts à pleurer
Parce qu'ils avaient froid et qu'ils se sentaient las

Et toute notre nuit ainsi va se passer
A patauger au fond de boyaux inconnus
Demain un nouvel ordre hélas sera venu
Et le travail fini devra recommencer.

mercredi 1 avril 2009

Voici le jour

Voici le jour, nous éveillons
Les poilus qui dorment lassés
Portant ses plats, ses bouteillons
L'homme de troupe va passer

Il va venir sous le ciel gris
Avec des boules sur le dos
L'homme de soupe qui sourit
En avançant sous son fardeau

Il emplit gamelles gamelles et quarts
Donne des lettres, des colis
On s'assied pour manger on lit
Et l'homme de soupe repart

On boit la gnole par principe
ça vous réchauffe en vous levant
Et puis on allume sa pipe
Dans une main à l'abri du vent

Et quand sont vides les gamelles
Et que les pipes sont fumées
On bat tristement la semelle
Ou l'on écrit à son aimée

On se raconte en parlant bas
Des choses qui sont arrivées
Des jours passés, d'anciens combats
Ou des bonheurs qu'on a rêvés

On dit que faisais tu naguère
Ou vivais tu en d'autres temps
Et l'on repond en écoutant
Faut pas s'en faire. C'est la guerre.

mardi 31 mars 2009

Ecrit à Calonne

Je ne vois d'où je suis en soulevant les yeux
Qu'un même bout de haie un même coin de cieux
Qui s'emplit par instant du fracas des mitrailles
Rien d'autre que l'azur et que ces deux murailles
Que je pourrais toucher en écartant les poings
L'ennemi est tout près, mais je ne le vois point
Et ce n'est devant moi que la terre battue

....

L'on ignore d'où vient la balle qui vous tue

lundi 30 mars 2009

Souchez

C'est la vallée de la mort
Le crépuscule s'assombrit
Comme un combattant qui s'endort
Parmi de monstrueux débris

La nuit tombe fantomatique
Sur les villages écroulés
On croirait une ville antique
Où le tonnerre aurait roulé

Et le soleil bas s'est couché
Derrière les pignons noircis
On s'est souvent battu ici

ET l'on voit des formes dans l'ombre
Des squelettes dans les décombres
Ce sont les ruines de Souchez

dimanche 29 mars 2009

Attaque

Le bruit sourd d'un départ, le sifflement lointain
Et sur nos nerfs tendus et sur nos fronts courbés
Un volcan qui s'allume et brusquement s'éteint
Dans un panache noir voilà l'obus tombé

Comme un aigle durant des heures semble-t-il
La mort va tournoyer sur nos coeurs angoissés
Le désespoir est vain le courage inutile
Et l'on voudrait pouvoir vivre sans y penser

Aprement dans nos chairs la mort sinistre fauche
Puis plus rien plus un mot plus un cri dans le vent
Le silence fait peur. On frémit, on est gauche
D'avoir senti la mort et d'être encore vivant

De la nuit sur nos fronts pleut un silence épais
C'est fini sommes nous vivants sommes nous morts
On s'accoude en tremblant au bord des parapets
Le coeur bat on l'entend, mais on en doute encore

Ce silence soudain après l'ivre clameur
Et le fracas s'abat d'un seul coup tout se tait
Plus rien que le sanglot d'un blessé qui se meurt
Dans le soir indistinct où la foudre éclatait

On dirait que la mort est lasse et se repose
Le soir comme autrefois Brumeux simple touchant
Met une âme attristée au coeur profond des choses
Et la paix de la nuit retombe sur les champs.

O mon coeur il se fait tard tu voudrais rêver
Et tu renais avec toute l'âme grisée
Du grand bonheur perdu que tu as retrouvé
Tandis que ciel de nuit s'allument les fusées

O douceur puis un cri, aux armes ils sont là
Ils sont venus glissants ils sont venus rampants
Tenant entre leurs dents de larges coutelas
Aux armes ils sont là aux armes bondissants

Nous prenons nos fusils, nous armons nos grenades
Baillonnette au canon et tirez coup par coup
Ils ne passeront pas aux armes camarades
Puis l'ouragan reprend et tous dressés debout

Nous clamons forcenés un air de nos voix fauves
Tels de grands bûcherons rougis par les éclairs
Feu à répétition les lâches ils se sauvent
Une odeur de sang chaud et de poudre est dans l'air

Je me suis retourné il venait du renfort
Brandissant leur fusilet chantant comme nous
Nous nous sommes comptés, il y avait des morts
Et notre chant s'est tu. O calme du ciel d'août

Nous avons dit c'est fou aujourd'hui d'espérer
Voici le dernier jour que nous aurons à vivre
La vie est un roman refermons en le livre
Calmes et maintenant nous voudrions pleurer

Lorsque l'on fait tout bas ses adieux au passé
Qu'au fond de notre coeur le rêve s'est éteint
Que les noms les plus chers en nous sont effacés
Qu'importe de mourir puisque c'est le destin

Un délire de joie monte nos yeux sont ivres
Le sang de nouveau coule en nos torses et bat
Dans nos fronts on connaît l'âpre douceur de vivre
Pour avoir la mort en voisin de combat.

samedi 28 mars 2009

Avant l'assaut

Le ooeur, montre qui se détraque
En nous cesse de palpiter
C'est l'heure où l'on attaque
Et les instants nous sont comptés

Les minutes coulent mortelles
Comme le sang noir des blessés
Tristes où nous emportent elles
Loin du bonheur des jours passés

Loin du bonheur et vers la tombe
Il nous semble que nous allons
Dans le soir gris où la nuit tombe
...Une heure encore le temps est long

On a distribué des cartouches
Des grenades et des pétards
La nuit c'est l'heure où l'on se couche
Mais où dormirons nous plus tard

Tout l'avenir qu'on a rêvé
Va-t-il s'écrouler fracassé
Serons nous les morts les blessés
Que des bras viennent relever

Serons nous dans la plaine nue
Ou sur les lèvres d'un cratère
Cadavre gris pâle et menu
Qui se confond avec la terre

Serons nous restés les derniers
Désemparés entre leurs mains
Partirons nous sur les chemins
La tête basse, prisonniers

Ou peut-être l'orgueil au coeur
Poussant devant nous leurs troupeaux
Tendant les bras comme un drapeau
Reviendrons nous un soir vainqueurs

A quoi sert donc de rêver
D'attendre le coeur angoissé
Vers le destin, rideau baissé,
Que nul n'a jamais soulevé

Nous serons ce que l'on voudra
Des vainqueurs ou bien des martyrs
Tristes mais tous prêts à partir
Quand l'heure de l'attaque viendra.

vendredi 27 mars 2009

Le soir tombe

Paix et silence! L'on dirait qu'au fond du soir il bat
Comme un grand cœur meurtri qui sanglote et qui pleure
Entendez: un dernier coup de fusil, c'est l'heure
Où dans l'obscurité s'achève le combat

Et lui s'est endormi ou bien est mort, là-bas!
Tant il semble qu'on dorme à l'instant où l'on meurt
Mais il ne reste plus de lui, il ne demeure
Qu'un geste qu'un dernier, O passants parlez bas.

Dans l'agonie du jour un blême rayon tombe
Arrêtez vous un peu regardez ils sont morts
Sans un baiser sans un regret sans une tombe

Pauvres soldats, pauvres enfants aux rêves d'or.
Et que leur mère attend sur le seuil de la porte
Ils sont morts et quelqu'un les prend et les emporte

jeudi 26 mars 2009

Epitaphe

O soldats! nous n'aurons hélas pas une pierre
Pour y graver vos noms à jamais inconnus
Et nul n'aura posé sur votre beau front nu
Ce baiser que l'on met pour clore les paupières

O pauvres corps jetés sans linceuls à la terre
Ce long baiser d'adieu suprême et sanglotant
Ce baiser, le dernier, ce baiser là vos mères
Ne le donneront pas hélas en vous quittant

Nulle main ne viendra jeter de fleurs sur vous
Rien que le vent qui souffle et la neige qui tombe
Nul être ne viendra pour s'y mettre à genoux
Et c'est un coin de champ qui sera votre tombe

mercredi 25 mars 2009

Dernier adieu

Les mourants lentement achèvent de mourir
Dans la nuit. et penchés haletants, éperdus!
Sur leur souffle suprême et qui n'est qu'un soupir
Nous leur avons parlé,ils n'ont pas répondu

Et tournant à demi leurs grands yeux angoissés
Ils nous ont regardé sans paraître comprendre
Et d'un dernier geste à la fois grave et tendre
Nous avons pris leurs doigts et les avons pressés

Ce fut le seul adieu qu'ils eurent sur la terre
Comme un dernier baiser qu'on met au front des morts
Et nous ne pouvions rien que songer et nous taire

Nous qui demain peut être aurons le même sort
Et debout auprès d'eux nous sommes demeurés
Sans un seul mot pensifs et nous avons pleuré.

mardi 24 mars 2009

Héros

Il est des morts si grands qu'on s'incline près d'eux
Et qu'on n'oserait pas les regarder en face
Leurs suprêmes sommeils ne semblent pas hideux
Ils dorment et qu'importe un vain nom qui s'efface

Il est des morts si grands qu'il faut qu'on les salue
Et qu'on baisse le front devant tous leurs tombeaux
Leur mort ils l'ont choisie et l'ont presque voulue
Ils sont tombés un jour. Ils sont grands ils sont beaux

O soldat qui partait et n'est pas revenu
Toi qui reste sans nom sans tombe dans la foule
Anonyme, de ceux qui sont morts inconnus

Peut être que sur toi riront les amoureux
On ne saura pas même un jour que l'on te foule
Il est des morts très grands, et tu seras près d'eux.

lundi 23 mars 2009

Les morts

Encore un nom de plus à marquer sur la liste
De ceux là, des amis qui ne reviendront pas
Une nouvelle fosse auprès d'autres là bas
Sous le ciel gris d'hiver indiciblement triste

Encore un nouveau mort hélas que l'on emporte
Parmi la boue horrible et noire des tranchées
Une nouvelle vie à tout jamais fauchée
Encore un disparu qu'on attend sur la porte

Femmes c'est votre époux, Mères votre petit
O pauvres orphelins rieurs c'est votre père
Rappelez vous un soir de Juillet il partit

Enfants, mères, épouses et vous tous qu'il aimait
Il est mort maintenant c'est fini qu'on espère
Ceux que vous attendez ne viendront plus jamais

dimanche 22 mars 2009

Lettres

On l'a trouvé couché au bord du parapet
Il avait mis sa main sous lui comme oreiller
Si bien que cette pose immobile trompait
Et qu'on avait envie, presque de l'éveiller

En fouillant j'ai trouvé un sachet sur sa peau
Qui contenait bien clos des lettres de sa mère
Il écrivait chez lui qu'il était au repos
C'est pour l'éternité que ses yeux se fermèrent

Pauvre homme dont la femme espère sans savoir
Que le malheur a fait de plus ce crime odieux
Et qui pleure le soir en remerciant Dieu
De lui garder celui qu'elle ne doit plus voir

Nous avons lu et puis nous avons replacé
Ces feuillets près de lui comme avec un remords
Quelqu'un alors a dit, d'autres l'avaient pensé
"Enterrez les aussi dans la fosse des morts".

samedi 21 mars 2009

Cimetières

Sur le bord du chemin ou dans l'herbe des champs
Ils dorment leur dernière et leur suprême nuit
Et Rien qu'une humble crois qui semble en se penchant
Offrir à leur sommeil son rameau noir de bui

Ce sont les soldats morts! côte à côte couchés
Et voisins de combat et voisins dans la tombe
Un bouquet de fleurs git depuis longtemps séché
Sur eux! et le fjour nait et meurt et la nuit tombe

Ils sont en rangs serrés ainsi qu'à la revue
Pour un lointain départ et semblent avoir froid
Tant leur place est petite et tant la terre est nue
Tant est triste sur eux et lugubre leur croix!

Ils ont froid d'être là sur le bord de la route
Où les soldats s'en vont indifférents blessés
Et les âmes des morts doivent pleurer sans doute
De ne jamais entendre un son de voix ami

Dans le champ du repos nul ne viendra pleurer
Et les croix tomberont sans être remplacées
Nul ne saura vos noms O soldats qui mourez
Quand la pluie et le vent les auront effacés.

Et loin de vos tombeaux sans même les connaître
Seuls, et je ne sais où ceux qui vous ont aimés
Gardent vos noms gravés au plus profond de l'être
Ainsi qu'un souvenir dans un livre fermé

vendredi 20 mars 2009

Des noms écrits

Des noms, de simples noms; la croix mal façonnée
Penche sous le ciel gris ses deux bras de bois blanc
Et puis le régiment, le jour, le mois, l'année
Que des mains de soldats ont écrits en tremblant

Un mot toujours le même "est mort pour la patrie"
Le casque qu'il avait alors qu'il fut blessé
Sur un morceau de bois auprès de fleurs flétries
Le casque s'est rouillé le nom s'est effacé

Il ne reste plus rien dans la plaine infinie
Que des milliers de croix sur le sol labouré
Des croix aux bras brisés, tombes aux fleurs jaunies
Où personne jamais ne les viendra pleurer.

jeudi 19 mars 2009

Les morts sont seuls

O qu'il doit être doux sur les fronts endormis
Le bruit d'un pas léger
Comme au coeur des enfants la chanson d'un ami
Qui fait dormir et fait songer

Et dans le cimetière à l'ombre du clocher
Sous le parfum d'un Chrysanthème
Il fait bon être mort lorsqu'on entend marcher
et pleurer sur soi ceux qu'on aime

Mais quand les morts sont seuls sur le bord du chemin
Seuls et couchés nus dans la terre
Et que nul n'est venu ni ne viendra demain
Jeter le son d'une prière

Comme il doit être triste le sommeil éternel
Des inconnus des ignorés
D'effroyables chagrins montent à leurs prunelles
Qui ne pourront jamais pleurer

Et si leurs os pouvaient nous jeter leur tourment
Et si les morts savaient parler
Ils diraient j'ai pleuré dans la tombe maman
Et tu ne m'as pas consolé.

mercredi 18 mars 2009

Sans tombes

Pas un coup de fusil dans le brouillard épais
Il faisait froid j'ai fait ce rêve de marcher
Et j'ai franchi sans bruit le mur des parapets
Devant l'immense champ où les morts sont couchés

Je n'ai jamais eu peur des morts, mais j'ai tremblé
en voyant leurs squelettes aux yeux profonds crevés
Ils étaient là couchés, tels des épis de blé
Depuis des mois sans qu'on vienne les relever.

O sinistre vision dans un affreux décor
Des trous d'obus remplis d'eau des fusils brisés
Des bras coupés, des pieds, des crânes et des corps
Effrayants, enlacés dans un mortel baiser

Et tels ils sont tombés, tels ils seront restés
les morts blafards sous les boueux éclats de fer
Et tour à tour brûlés par les soleils d'été
Glacés blêmis, enfouis sous les neiges d'hiver

O pauvres corps laissés sans sépulchre et sans tombe
J'ai frémi près de vous qui n'aviez rien d'humain
Et si je dois mourir, s'il faut que je succombe,
Que l'on m'enterre au moins sur le bord du chemin